L'ombre des perceptions

Ce que ma plante m’a appris.

Il y a quelques mois, j’ai fait naître une plante.
Outre le syndrome parent/docteur Frankenstein que cela a fait naître en moi, la petite verte m’a appris un tas de choses.

Elle m’a appris à prendre mon temps, à soigner, à observer.
Elle m’a montré qu’avoir de bonnes bases est ce qui compte le plus pour survivre aux tempêtes .
Grâce a elle, j’ai pu m’arrêter, souffler, et profiter de l’instant présent.

J’ai appris la patience, car elle ne venait pas; l’espoir, car je savais qu’elle était là. J’ai fixé un pot de terre pendant un mois et demi avant de voir apparaître sa petite tête verte.

Grâce a elle, j’ai observé des feuilles, de près, comme un enfant qui découvre pour la première fois un jardin.
J’ai observé ma peau, mes doigts, la terre, l’eau qui coule et qui reste un instant à la surface avant de rentrer dans la terre pour faire son travail . J’ai observé le soleil à travers les voilages de ma chambre, et la poussière qui voletait à travers les rayons qui réchauffaient ma peau.
Puis j’ai transposé ces actions. J’ai senti l’air extérieur, ma respiration rythmée par les longues balades, l’odeur de la terre quand il fait chaud. Les bruits de fond que crée le microcosme qui nous entoure.
J’ai touché ma peau, ses défauts, ses creux, ses bosses. J’ai regardé les rougeurs, longtemps. Je me suis regardé tout entier,comme je pouvais, puis en détail, pore par pore.
J’ai observé la rue, les humains, leurs visages, la manière dont ils se déplacent. J’ai remarqué les sourires, les fatigues, les couleurs changeantes du ciel à travers les vitres du tram, la dernière fenêtre allumée de ma rue.

J’ai apprécié toute cette diversité, tous ces petits détails qui me disent que le monde, finalement, n’est pas si laid, et que je ne suis pas si éloigné de celui-ci. Je peux essayer de m’en rapprocher, de l’aimer un peu plus, de l’apprivoiser, de sortir de ma zone de confort et de découvrir de nouveaux paysages, de nouvelles sensations, de nouveaux visages.

 

Nous avons besoins d’instants futiles. D’instants qui se focalisent sur ce qui n’importe pas, ou même sur ce qui n’a aucun sens. Sans en chercher un.
C’est ça aussi, une des beautés de l’humain. Tout ce que l’on fait n’a pas besoin de sens, ni d’utilité.
L’important, c’est la possibilité de le faire.
La possibilité de s’arrêter sur les petites choses.
La possibilité de voir le beau dans l’intriguant.
La possibilité de sentir que l’inutile nous fait du bien.
La possibilité de créer une connexion entre nous et le monde tout en le découvrant un peu plus chaque jour.

Alors observe les étrangers, les bancs, les oiseaux, le ciel, et tout ce qui t’entoure.
Joue avec ton environnement comme si tu avais encore cinq ans.

 

 

C’est incroyable, ce qu’une petite plante, haute de même pas dix centimètres, a pu m’apprendre en quelques mois.

Flottements

 

Pourtant, l’envie est là…

L’envie de bouger, d’écrire, de travailler, de lire, de se cultiver.
Mais le corps ne suit pas. Le corps veut rester immobile, le corps se fatigue. Il jalouse les plantes qui se nourrissent du soleil sur l’appui de fenêtre.

C’est insensé.

Tous ces flottements n’apportent rien, ce sont juste des pertes de temps.

Je perds le temps que je n’ai pas.

Mais la paresse est-elle réellement un choix? Ou trouve-t-elle son origine dans ma nature?

Blâmer la nature serait la solution facile.

Je suis responsable de la vie que je mène. A la fin, je ne pourrai pas blâmer la nature. Elle me rirait au nez si elle pouvait le faire.

Ce n’est pas elle qui choisit à ma place. C’est bien moi le seul responsable de mon inactivité.

Les mots ont une influence sur l’esprit. Sinon, pourquoi utiliserait-on les mantras? Les livres? Les textes engagés? Les textes sans aucun sens?
Pourquoi l’écriture nous touche-t-elle, nous fait pleurer, nous dégoûte, sinon qu’elle a un réel pouvoir?

 

Détache toi des illusions, des solutions faciles. Elles ne sont que ce qu’elles sont. Tu es capable de tant de choses. Et non, cela ne te fatiguera pas. Crois moi, tu es bien mieux actif qu’assis sur ton canapé, à regarder une série, ou devant ton pc, à lire des choses sans intérêt toute la journée, et te donner l’illusion d’une vie sociale.

Le réel n’est pas là.
Tu dois apprendre à utiliser les privilèges et les outils dont tu as eu la chance de bénéficier de manière intelligente. Ne les laisse pas te contrôler. Ce ne sont que des outils , des moyens, ils ne te définissent en rien.
Même si tu n’en a plus l’habitude, car on l’a peut-être trop fait pour toi, réfléchis. Réponds à tes propres questions. Cherche. Trompes toi. Ce n’est pas la fin du monde.
Et oui, la vie passive est attrayante. Oui, c’est facile d’activer l’auto-pilote et faire des choses machinalement. Oui, tu te perdras sûrement en chemin si tu sors de cette routine si attractive.
Oui, au final, cela n’apportera peut-être rien de bouger.  Ou peut être que si. T’es-tu déjà senti vivant?
As-tu déjà fait une action venant du cœur?
Ce ne sont pas toujours des grandes actions. Je ne te demande pas de sauver le monde, les baleines ou la misère. Te sauver toi, t’aimer activement, cela sera déjà un grand pas.

 

Ne vivre que pour toi, cela s’apprend. Questionne tes choix, tes actions, tes paroles. Constamment. Pourquoi vis tu cette vie? Quels sont tes acquis? Quelles sont les origines de tes pensées? Es-tu conditionné à certaines choses?
Bien sûr, tu peux te tromper, tu peux changer au fil du temps. Tu ne sera jamais immobile, car rien n’est immobile et constant.

Vivre pour soi, ce n’est pas de l’égoïsme, ni de l’enfermement.
Vivre pour soi, c’est choisir, réfléchir, penser et peut-être un jour trouver le bon.

Pourquoi faire attention au regard des autres? Ne sommes-nous pas assez critiques envers nous mêmes? Avons nous réellement besoin de vivre pour les autres? De leur montrer que nous vivons une « belle vie » ? Que cherchons nous en faisant ces démarches, sinon une affirmation que nous avons une bonne image?
L’image n’apporte rien. Comme pour un livre, c’est le contenu qui touche et qui compte réellement.

Et tu as tout le pouvoir sur ce contenu. Tu peux avoir une influence positive sur le monde, et vivre une vie que tu aimes pleinement.

 

La clé est l’action. Commence maintenant, et tu verras que le reste finira bien par suivre. Comme pour tout, il faut y aller pas à pas. Il faut se tromper, chercher, tâtonner pour finir par créer ce que tu recherches. Mais bouge, et sors de tes illusions.

 

 

 

Voici quelques pistes de réflexions sur lesquelles je tâtonne ces derniers temps. Cela peut paraître confus, ou incomplet. Je compléterai par d’autres textes, petit à petit. Le but n’est pas de gronder, de faire de la morale, rien de tout ça. J’ai juste mis par écrit mes pensée, et je les partage pour, peut-être, faire réfléchir quelqu’un d’autre, en discuter…